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Retravailler
ou pas ?

Pendant ou après son traitement contre le cancer du côlon et/ou du rectum, la question de retrouver le chemin du travail se pose.

Quels sont les avantages et les inconvénients d'un retour ? Comment le préparer pour mettre toutes les chances de son côté et éviter les échecs ?

Retravailler ou pas ?

Pendant ou après son traitement contre le cancer du côlon et/ou du rectum, la question de retrouver le chemin du travail se pose. Quels en sont les avantages et les inconvénients ? Comment le préparer pour mettre toutes les chances de son côté et éviter les échecs ?

Pour celles et ceux chez qui un cancer colorectal a été diagnostiqué, la reprise du travail peut être perçue comme un moment attendu (voire idéalisé), comme une source d’angoisse ou… comme un peu des deux ! Si le retour au monde professionnel est sans aucun doute un pas vers une vie redevenue « normale », il nécessite d’être soigneusement préparé pour ne pas décevoir.

Le retour au travail, un choix personnel

Avant toute chose, il convient de rappeler que la décision de reprendre son travail, pendant ou après son traitement, est une décision personnelle du patient. Le désir de retrouver sa vie professionnelle est variable selon la personnalité de chacun, son histoire médicale, ses capacités financières, mais également sa satisfaction professionnelle au moment du diagnostic du cancer colorectal.

Il n’y a pas de norme en matière de retour au travail, ni de honte à avoir lorsque cette envie n’est pas au rendez-vous.

Quand avez-vous décidé de reprendre le travail après votre cancer ?

Témoignage de Dominique Perriot, patient.

Ne pas hésiter à prendre du temps pour sa convalescence

Après la maladie, se reconstruire et prendre soin de soi sans avoir à travailler est une option dont il ne faut pas avoir honte. Ce « temps de la convalescence », de durée variable selon les cas, est prescrit par l’oncologue (spécialiste des cancers) ou le médecin traitant. Il peut être mis à profit pour préparer son retour à l’emploi sans précipitation.

Les avantages et les inconvénients du retour au travail

Avant de décider de reprendre son activité professionnelle suite à un cancer colorectal, de nombreux éléments doivent être mis dans la balance. En termes d’avantages, les personnes qui ont repris leur travail mettent en avant le fait de participer de nouveau activement à la société, l’emploi du temps qui structure les journées, le sentiment d’être de nouveau dans la normalité et, bien sûr, l’augmentation des revenus. Mais ils restent lucides sur les inconvénients de leur choix : baisse des performances au travail du fait d’une plus grande fatigabilité et de difficultés à se concentrer de manière durable, difficultés vis-à-vis du regard de certains de leurs collègues, décalage avec ceux-ci en termes de priorités de vie et, parfois, difficultés à retrouver ses marques lorsque l’arrêt maladie a été long.

Quels ont été les obstacles que vous avez rencontrés ?

Témoignage de Dominique Perriot, patient.

Une préparation en équipe

Les patients qui ont le sentiment d’avoir réussi leur retour au travail après un cancer insistent sur l’importance de préparer ce retour très en amont et de se constituer une équipe de soutien dans cette démarche : selon les cas, leur médecin traitant, leur médecin du travail, l’assistante sociale de la CRAM (Caisse régionale d’assurance maladie), leur supérieur hiérarchique, un membre des ressources humaines de l’entreprise, etc.

Les personnes qui ont repris le travail sans douleur ont en commun d’avoir, tout au long de leur maladie, maintenu des liens avec certains de leurs collègues.

Ces contacts réguliers leur ont permis de continuer à être informés des changements survenus dans leur entreprise (logiciels, organigrammes, stratégies, etc.). Ainsi, leur retour au travail a moins souffert d’éventuels décalages dus à l’absence prolongée.

Le module PRESIJ, qu’est-ce que c’est ?

Le module PRESIJ (Préparation du retour à l’emploi des salariés en indemnités journalières) permet de préparer un retour au travail à un poste aménagé ou à un nouveau poste de travail, tout en continuant à percevoir les indemnités journalières. Il peut être demandé auprès du service social des CRAM et s’adresse aux patients en arrêt de travail et reconnus travailleur handicapé ou en voie de l’être, et pour lesquels il ne sera pas possible de réintégrer leur poste d’origine (ou un poste similaire).

Comment ont réagi vos collègues ?

Témoignage de Dominique Perriot, patient.

Les visites de pré-reprise, une nécessité

Au cœur de la préparation au retour à la vie professionnelle après un cancer colorectal, les visites dites « de pré-reprise » sont plébiscitées par celles et ceux qui ont pu en bénéficier. Ces visites auprès du médecin du travail sont destinées à préparer les modalités de la reprise, bien en amont de la date de retour souhaitée (donc pendant l’arrêt maladie). Aussi nombreuses qu’il est nécessaire, les visites de pré-reprise définissent les modalités pratiques et administratives du retour, et peuvent également permettre de diminuer le sentiment d’anxiété qui est souvent présent chez les personnes qui souhaitent recommencer à travailler.

Quel est l'intérêt de la visite de reprise ?
En pratique, comment se passe-t-elle ?

Témoignage du Docteur Laetitia Rollin, médecin du travail,
CHU de Rouen.

Lorsque l’arrêt maladie a duré moins de trois mois, le patient peut initier ces visites de pré-reprise lui-même. Si l’arrêt maladie a été plus long, elles doivent être mises en place à la demande du médecin traitant ou du médecin-conseil de la Sécurité sociale.
À l’issue de ces visites, le médecin du travail émet des recommandations destinées à l’employeur du patient (mais le patient peut également refuser que ces recommandations soient connues de son employeur) : aménagement des horaires ou de la nature du poste, temps partiel thérapeutique, etc.

L’accompagnement après la reprise du travail

Les médecins du travail et les spécialistes des ressources humaines recommandent qu’un dispositif de suivi et d’accompagnement soit mis en œuvre au cours des mois qui suivent le retour au travail. Cet accompagnement doit mobiliser à la fois le médecin du travail, le patient, son superviseur hiérarchique et un représentant des ressources humaines de l’entreprise (éventuellement un représentant du Service social du travail dans les entreprises de plus de 250 salariés).

Ce comité d’accompagnement va veiller à la bonne mise en place des aménagements des conditions de travail décidées par le médecin du travail et l’employeur. Par exemple, pour les personnes qui ont souffert d’un cancer colorectal, la possibilité de quitter les réunions ou la chaîne de montage quand un besoin d’aller aux toilettes se fait sentir, sans devoir en demander la permission. Après quelques semaines d’essai, le médecin du travail, en lien avec le médecin traitant, pourra demander des modifications de ces aménagements pour une meilleure intégration du salarié.

Le contrat de rééducation professionnelle

Ce contrat, établi entre l’employeur, la Sécurité sociale et le salarié, s’adresse aux travailleurs reconnus handicapés et permet une formation en entreprise pour se remettre à niveau après un arrêt maladie, mais également pour acquérir de nouvelles compétences. La Sécurité sociale prend en charge une partie du salaire pendant cette formation qui dure de trois à douze mois (durée renouvelable). Ce dispositif peu connu peut être demandé auprès du Service social des CRAM ou des SAMETH départementaux (Service d’appui au maintien dans l’emploi des travailleurs handicapés).

Références :
• PRESIJ : http://travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/Temps_Forts_Travail_Sante_no_79.pdf
• Visite de pré-reprise : http://www.ameli.fr/assures/droits-et-demarches/par-situation-medicale/vous-etes-en-arret-de-travail-pour-maladie/la-reprise-du-travail_bas-rhin.php
• Contrat de rééducation professionnelle : http://travail-emploi.gouv.fr/informations-pratiques,89/fiches-pratiques,91/travailleurs-handicapes,1976/le-contrat-de-reeducation,12752.html