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Au travail,
en parler ou pas ?

Après un diagnostic de cancer du côlon et/ou du rectum, la question se pose de l’attitude à avoir dans son travail

, comme dans sa vie privée : en parler ou pas ?

Au travail,
en parler ou pas ?

Après un diagnostic de cancer colorectal, la question se pose de l’attitude à avoir dans sa vie professionnelle, comme dans sa vie privée : en parler ou pas ? Ce choix, très personnel, doit être fait en connaissance de cause des avantages et des inconvénients de chacune des options, dans la situation particulière de chacun.

Annoncer son cancer colorectal à ses proches n’est jamais chose simple, et en particulier dans le cadre de son travail. Cette décision importante, mais pas obligatoire, doit être mûrement réfléchie et modulée selon les raisons qui poussent à vouloir briser le silence dans son environnement professionnel.

Quand avez-vous décidé de parler de votre cancer au travail ?

Témoignage de Dominique Perriot, patient.

Que dit la loi ?

Un salarié n’a absolument aucune obligation légale de révéler son état de santé, l’origine d’un éventuel handicap ou le motif d’un arrêt maladie.

De plus, dans le cadre de l’entreprise, aucune personne n’a le droit d’exiger des informations sur la santé d’un collègue : ni le supérieur hiérarchique, ni les membres des ressources humaines, ni les délégués du personnel. Pour cette raison, face à une demande de ce type, mentir sur son état de santé n’entraîne aucun risque légal. La question étant illégale, la réponse n’a aucune valeur juridique.

« Je lui ai rappelé la loi »

« J’ai appris que mon patron avait essayé de savoir la maladie dont je souffre en prêchant le faux pour savoir le vrai. Heureusement, les collègues mis dans la confidence ont flairé le piège et n’ont pas soufflé mot. La colère m’a donné le courage de lui demander un entretien. Je lui ai rappelé la loi, mais je lui ai aussi donné des éléments plus précis sur la durée probable de mon absence. Ça a eu l’air de calmer sa curiosité. »

Lydie, 38 ans, Paris.

Pourquoi parler de son cancer ?

Les personnes atteintes de cancer colorectal qui ont choisi d’en parler à leurs collègues l’ont le plus souvent fait pour éviter les rumeurs, les situations compliquées pour avoir essayé de cacher les choses, les problèmes avec leur hiérarchie, ou pour ne pas ressentir de culpabilité et de honte à mentir constamment à leurs collègues. Vivre dans le secret oblige à une vigilance de tous les instants qui épuise et peut conduire à un état dépressif.

D’autres personnes ont franchi le pas pour pouvoir bénéficier d’un aménagement de leurs conditions de travail, afin de les rendre compatibles avec leur traitement et leur état de santé en général. Par exemple, pour que soit reconnu le fait de devoir aller aux toilettes en urgence ou de ne plus vouloir prendre le risque de se déplacer en avion (du fait de l’impossibilité de se rendre aux toilettes pendant le décollage et l’atterrissage).

Selon votre expérience, quels sont les avantages à parler de son cancer dans le cadre du travail ?

Témoignage de Dominique Perriot, patient.

Comment savoir si je peux en parler ou pas ?

Pour celles et ceux qui souhaitent en parler à leurs collègues, la question se pose de savoir comment leur annonce sera reçue. C’est le moment d’essayer de se souvenir des réactions de ces personnes à l’annonce d’autres cas similaires ou, si on en a le temps et l’opportunité, de lancer des « ballons sonde » en parlant de cas fictifs pour tester le terrain.

Il peut également être utile de solliciter une consultation avec son médecin du travail qui a peut-être été témoin de situations de ce type dans l’entreprise. Enfin, il est parfois intéressant d’en discuter avec d’autres patients atteints de cancer colorectal (par exemple, dans la salle d’attente du service hospitalier, ou sur un forum tenu par une association de patients).

En pratique, comment en parler ?

L’annonce d’un cancer auprès de ses collègues devrait se faire avec quelques précautions de base. En effet, ceux-ci ne sont pas préparés à recevoir cette nouvelle et peuvent avoir des réactions extrêmes face à une maladie aussi « chargée d’émotions » que le cancer. Choisir ses mots, garder du recul sur sa maladie et essayer de dédramatiser (même si cela est un peu artificiel) permet d’éviter les réactions de pitié ou de rejet déclenchées par la soudaineté de l’annonce. De nouveau, il peut s’avérer judicieux de demander conseil à d’autres patients qui ont eu cette expérience, à une association ou à un psychologue.

Quelles sont les bonnes questions à se poser avant d'en parler à ses collègues de travail ?

Témoignage de Dominique Perriot, patient.

« J’ai hésité à parler de cancer. »

« Lorsque j’ai annoncé à mon équipe que j’allais devoir m’absenter pour une chirurgie du côlon, j’ai hésité à parler de cancer. Comme je n’avais pas de métastases, j’aurais pu me contenter de leur parler de polypes ou d’une autre maladie colique bénigne. Je me suis surpris moi-même lorsque le mot “ cancer ” est sorti de ma bouche. Je les ai vus pâlir. J’ai aussitôt rectifié le tir en leur précisant que, a priori, la chirurgie serait le seul traitement nécessaire, bref que c’était un “ petit ” cancer. Mais, dans ma tête, il n’avait rien de petit. »

Jean-Jacques, 54 ans, Auxerre.

À qui en parler ?

Le choix des personnes à mettre dans la confidence varie selon la situation. Un souhait d’aménagement du poste implique d’en parler à sa hiérarchie. Dans ce cas, le supérieur direct n’est pas forcément le meilleur interlocuteur et il est acceptable d’en parler à quelqu’un placé plus haut dans la hiérarchie avec lequel on a davantage d’affinités personnelles.

Parmi les collègues, il peut s’avérer judicieux de n’en parler qu’à quelques personnes de confiance, en leur précisant si elles peuvent ou non en parler à d’autres personnes qui leur poseraient des questions à ce sujet.

En général, les personnes qui ont été elles-mêmes malades ou qui ont eu un proche touché par le cancer sont davantage capables d’entendre une telle annonce et de réagir avec mesure et sympathie.

Et si je préfère ne pas en parler ?

Femme

De nouveau, il est important de préciser que le choix de ne pas en parler est respectable et protégé par la loi. En révélant leur état de santé, certaines personnes craignent de perdre l’estime dont elles bénéficient dans l’esprit de leurs collègues, de se retrouver avec une étiquette « Personne malade, ne pas s’y fier » dans le dos, voire de ne plus avoir d’opportunités de promotion au sein de leur entreprise.

Dans ce cas, il va être nécessaire de mettre en place des stratégies de dissimulation pour expliquer les absences ou une éventuelle baisse des performances liée à la fatigue. Le soutien d’un psychologue peut-être nécessaire pour ne pas s’épuiser dans les efforts que ces stratégies impliquent.

Que faire si un collègue trahit ma confiance ?

Après l’annonce à certains collègues, il se peut que l’un d’entre eux ne respecte pas la confidentialité et parle de votre cancer colorectal à d’autres personnes, collègues ou clients, par exemple. Dans ce cas, il faut agir rapidement avant que la situation s’aggrave ou dégénère. Il peut être nécessaire de parler à cette personne et de lui expliquer pourquoi cette attitude est nuisible (si elle a agi sans penser à mal), voire de saisir la hiérarchie ou les délégués du personnel lorsqu’on soupçonne une intention de nuire.

Références :
1 - Articles L. 1226-5, L. 1132-1, R. 4624-20, R. 4623-1
et R. 4624-21 du Code du travail
2 – Faut-il déclarer son handicap ou sa maladie : http://www.handipole.org/spip.php?article5